Alar Puhm


(hommage paru dans le journal de Vitrolles)

"Fais-moi danser jusqu'à la fin de l'amour" chantait son artiste préféré,
Léonard Cohen. Alar Puhm ne fera plus danser ses pions sur l'échiquier.
Il s'est éteint, moins d'un an après le décès de sa compagne.
Des générations de Vitrollais pleurent le maître d'échecs.
Mais connaissent-ils sa fabuleuse histoire ?
Il était bien trop modeste pour se raconter.
La Ville a donc tenu à lui rendre ce dernier hommage.

Né à Stockholm en 1945, ce fils d'un pasteur estonien a grandi à Toronto,
d'où son inoubliable accent. Lorsque son frère lui donne sa première leçon d'échecs,
cette passion devient si dévorante que ses parents veulent l'en
priver. En vain, car il jouera en cachette sur un échiquier de poche.
A l'âge de 16 ans, il intègre l'illustre université d'Harvard, mais le
jeune dandy qu'il est alors, épris de liberté, rejette la société et ses
privilèges. Débute alors pour lui un tour d'Europe, ponctué de tournois
d'échecs, qui prendra fin en 1969 à son arrivée sur Paris. Il mène alors
une vie de bohème et se nourrit de littérature, dont les oeuvres complètes
de Shakespeare, son livre culte. Sa notoriété de joueur grandissant, la
presse locale lui ouvre ses colonnes. Le "tout Aix" se presse alors au Café
Mirabeau pour courtiser "l'étonnant canadien", âgé seulement de 24 ans.
Doté d'un esprit aigu, d'une sensibilité à fleur de peau, Alar Puhm sidère
par ses facultés intellectuelles et sa mémoire : 3 mois lui ont suffi pour
apprendre le français à travers la lecture de Stendhal et de Victor Hugo.
Plus étonnantes encore, ses parties d'échecs à l'aveugle, prouesse que seul
pratiquait le Grand Maître argentin Najdorf. En 1972, le roi de l'échiquier
atteint les sommets de son art en représentant la France aux Olympiades
de Nice. Bien que côtoyant les plus grands joueurs mondiaux des années 70
(Mikhaïl Tal, Victor Korchnoi, Bent Larsen), il était également l'ami des
plus démunis. A Vitrolles, il offrit ses derniers sourires et son savoir
aux enfants de la bibliothèque de rue d'ATD Quart Monde.

Pour tous ceux qui ont eu la chance de le connaître, ce fut simplement
"Fan-tas-tic !", comme il aimait à dire.